Mars Nipat; nouveau single de Rafiki

Rafiki: Au son du Baboon

“Artiste atypique et engagé, Rafiki ouvre les portes de son univers à MOODZ le temps d’une interview fraîche et inspirante. Pour ceux et celles qui souhaitent connaitre davantage ce personnage qui miroite à merveille une culture des iles et une expression artistique qui sort du lot, vous serez servis. “

Ki pozition Rafiki? Ça vient d’où ton nom ?

Rafiki c’est le nom du Babouin dans le Roi Lion. Le sage de la brousse, il apparaît pour dire quelques paroles avant de disparaître dans la forêt. En l’occurrence pour moi, ça peut aussi être dans les vagues où je vais trouver refuge.

 
Pourquoi est-ce que tu es devenu chanteur ?

J’ai commencé à chanter car ça m’a aidé à surmonter mes frustrations et mes anxiétés au lycée. J’ai appris la guitare avec mon frère en grandissant, et pour trouver de la force, je l’apportais à l’école. Au tout début, j’avais du mal avec l’idée de partager mes compositions car elles étaient très personnelles.
C’est grâce au soutien des gens qui m’entourent que jouer en public est devenu naturel. J’ai aussi eu la chance d’être entouré de personnalités fortes et créatives en grandissant. Ils m’ont beaucoup appris.

Quels sont les artistes qui t’inspirent le plus ?

J’écoute de la musique aux paroles conscientes. Johnny Clegg est vraiment un personnage que j’ai étudié en profondeur. C’est Steeve Laridain qui m’a encouragé à aller le voir en concert. Il m’a dit : « Fais tes recherche : Johnny Clegg c’est le Zulu blanc de l’Afrique du Sud ». J’ai pu le voir sur sa dernière tournée avant qu’il quitte ce monde. C’était magique, il a pris le temps de raconter les histoires qui lui sont les plus chères. Je me sentais concerné par son combat contre l’apartheid Sud-Africain.

J’ai aussi une grande estime pour les musiciens du milieu qui m’entoure et que je côtoie. Ils sont trop nombreux pour que je les nomme tous car ils forment la totalité de la communauté musicale que j’appelle les Seggae-Man et Seggae-Woman, avec ou sans dreadlocks. 😉 Le potentiel artistique de l’ile Maurice est quelque chose qui m’inspire. A ce niveau, je travaille pour que ma contribution se fasse remarquer.

Quel est ce Reggae singulier que tu nous as préparé avec cet album « Baboon » ?

On l’appelle “Reggae Fusion“.
C’est naturellement, avec le groupe Fusional Mind, que nous avons fait un Reggae Fusionné, en Créole et en Anglais. Un Reggae qui se mélange au Hip-Hop, au Funk, au Sega qui donne le Seggae …

Les 12 chansons qui sont proposées furent écrites lors de voyages que j’ai fait dans différentes îles du monde : Madagascar, la Jamaïque, Trinidad et la Martinique.


Tu aurais fait quoi si tu n’avais pas été chanteur ?

Je pense que j’aurais été écrivain. Je ne sais pas si je serais chanteur toute ma vie, mais je resterais un artiste.

Si je n’avais pas été chanteur, j’aurais fait en sorte de conserver une vie équilibrée. Concernant l’activité professionnelle je ne me fais pas trop de souci. Je pense avoir la capacité intellectuelle et émotionnelle requise pour surmonter les barrières qui se dresseront devant moi.
Cette force me vient du temps passé à me confronter aux vagues et de la stimulation dans laquelle j’ai grandi.

Avec qui tu rêverais de chanter ?

Les 2 artistes avec qui je rêverai de chanter sont Tian Corentin (à Maurice) et le duo Fokn Bois du Ghana. Pour moi, ce sont des artistes qui ont été consistants dans leurs projets et dans les valeurs communiquées par leur musique.

T’as une routine avant-concert ?

On m’a expliqué que pour courir comme un athlète pro, il faut se préparer comme un athlète pro. Pour nous les artistes, on doit s’appliquer de la même façon. J’essaie de me concentrer et de me projeter sur la scène du concert. Je me focalise aussi sur les convictions qui m’animent. C’est pour ces idéaux que je me donne à fond tous les jours.
Je pense aux paroles importantes et aux petits moments d’accalmie entre les chansons.


Pourquoi es-tu parti vivre à la Réunion ?


Je suis parti vivre à la Réunion pour commencer une licence en Sociologie : Sciences Humaines et Sociales. La formation n’existe pas à Maurice. C’est trop littéraire. Généralement à Maurice on propose plus des études orientées business ou technique. De quoi faire fonctionner le pays, mais on ne forme pas les gens à questionner l’ordre établi.

Je fais partie de ceux qui ont une autre manière de contribuer à la société. Et cela n’est pas reconnu à Maurice. C’est même difficilement toléré. Je trouve que la liberté d’expression reste fragile, les artistes et les journalistes ne sont pas très bien traités.
Je le vis aussi comme un exil, retiré des imbécilités des élections ou de la maltraitance écologique que connaît notre ile.


Comment tes voyages ont-ils influencés ta musique ?

Mes voyages ont été une recherche idéologique et artistique, sans que je ne le sache. 🙂

On dit parfois que les voyages répondent à des questions qu’on ne se posait pas au moment du départ.
Cela dit, la magie se trouve dans notre état d’esprit. Il faut avoir une grande empathie et des intentions honnêtes pour avoir des conversations intimistes avec des gens d’autres cultures, et pour surmonter les barrières de langage. 

C’est en m’imprégnant de l’énergie déployée pour modifier l’environnement social dans d’autres iles, que j’ai trouvé des idées pour contribuer au développement culturel et social de Maurice. C’est un vrai travail qu’on ne fait que commencer.

Tu viens de sortir le clip de Mars Nipat, tu peux nous en parler ?

Mars Nipat
c’est une façon de réclamer un certain droit à la liberté de vivre ; que ce soit en montagne, ou en ville. Je parle d’un homme qui se tient bien, et se promène sans savates à ses pieds.
C’est aussi une reconnaissance à l’appartenance au monde du voyage que de marcher pied nu. A la Réunion on me demande si je suis en “carème” et je réponds oui. Disons que c’est une incitation au voyage dans le style seggae.
C’est aussi la direction dans laquelle on se projette musicalement.

Le morceau a été arrangé par Steeve Laridain qui a invité de bons amis du groupe Fusional Mind comme Lionkklash en featuring chant, Didier Baniaux à la basse, Pascal Ramchan au clavier, Jason Lily au choeur et Phillipe Thomas à la trompette. Les prises de sons ont été réalisées dans la bonne humeur dans le studio de Live Top Crew, et ça s’entend aujourd’hui grâce au mixage de Richard Hein.

C’est quoi l’objectif ultime de ta carrière ?

Placer l’Ocean Indien sur la carte des musiques du monde. A la fin, il y aura un livre à écrire ou un totem à construire.

A Maurice mon but est de créer un pont entre les jeunes et les ainés de la classe “dirigeante” afin qu’ils reconnaissent nos aspirations, nos motivations ainsi que nos frustrations.

Cordialement. 

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